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Est-ce que tu as déjà vu le Père Noël ?

 

 

La question peut sembler anodine, surtout quand elle est posée par un enfant de 3 ans à un adulte, mais attention à la réponse !

 

Dans les années 90, mon épouse et moi sommes invités par des amis, quelques jours avant Noël. Ils ont 2 enfants dont un petit Jean Michel âgé de 3 ans. Un blondinet, pas plus haut que trois pommes au regard bleu plein de la gravité de l'innocence à son état le plus pur dont seuls les très jeunes enfants ont le secret.

 

Je suis assis à côté de Jean Michel qui soudain me demande d'une petite voix flûtée si j’ai déjà rencontré le Père Noël ? Je fais oui de la tête sans réfléchir aux conséquences de ma réponse. Sa curiosite est piquée au vif et il insiste pour savoir « quand ». Oh la la...dans quoi me suis je embarqué !

 

Il me semble évident que si j’avais rencontré le père Noël , ce serait forcément quand j’étais petit... Alors je raconte : "A l’époque nous habitions en Haute Savoie dans une petite ville appelée Cluses où il y avait beaucoup de neige en hiver. La neige pouvait monter jusque-là »

Je fais le geste de montrer le haut de mes genoux. Les yeux du petit s'agrandissent car ici sur la Côte d’Azur , la neige on ne la voit pas souvent. Je continue.  "C’était le soir de Noël, il neigeait dehors à gros, gros flocons, il faisait très, très froid mais nous n’avions pas allumé la cheminée ce soir-là ! » 

 

Je fais une pause significative, histoire d’augmenter le suspense. Je lui demande, « Tu sais pourquoi on n’avait pas fait de feu dans la cheminée ce soir là ? »  Le petit me fait savoir qu’il l’ignore en écartant ses petites mains en éventail . Décidément, c´est un petit bonhomme de peu de mots!

 

«  C’est parce que nous attendions un visiteur très spécial...Le père Noël! » Le visage de Jean Michel s’illumine. Il hasarde. « C’est vrai, faut pas que le papa Noël  se brûle en descendant par la cheminée. » Je continue un peu au hasard, encouragé par sa loquacité grandissante. « Nous avions un gros chien, et vers 10h du soir il a commencé à aboyer. On s'est demandé pourquoi, intrigués nous avons regardé par la fenêtre et on a vu quelque chose d’extraordinaire. Sur la route de l’autre côté de la grille du jardin, se trouvait  un traîneau tout décoré de lumières rouges et vertes, tiré par un renne avec des gros pompons. Et le traîneau venait de s’arrêter devant le portail. »

 

A ce stade de mon histoire Jean Michel est suspendu à mes lèvres, attendant la suite. Nous étions dans une sorte de bulle lui et moi. Les autres personnes présentes dans la pièce parlaient entre elles sans nous prêter attention. Quant à moi, mon cerveau marchait à toute 

‘berzingue’ pour trouver la suite de mon histoire, et ne pas tomber en panne d’inspiration.

 

Je continuais donc: « Alors qu’on regardait le traîneau, on a vu le père Noël descendre et se diriger vers le portail du jardin. Il ouvre le portail, il entre dans le jardin, il referme le portail. Et le voilà qui s’avance quand tout d’un coup il pousse un grand cri ! Il venait de glisser sur la neige glacée et de tomber les 4 fers en l’air. Nous pensions qu’il allait se relever, mais il avait beau essayer il n’y arrivait pas.

 

Si j’avais regardé Jean Michel à ce moment de mon histoire , j’aurai remarqué l’angoisse grandissante dans son regard... mais j’étais tellement concentré sur mon histoire que je n’ai rien vu. « Alors mon père, qui était docteur, m’a demandé de sortir avec lui pour aider le père Noël. Mon père l’a bien examiné, et a vu qu’il s’était cassé la jambe, et qu’il ne pouvait plus marcher. Il lui a tout de suite mis une attelle en attendant, et on l’a amené dans la maison. Après il lui a fait un grand plâtre. » 

 

Arrivant à court d’inspiration, je me tourne alors vers Jean Michel et je conclus ,« Voilà, c’est comme ça que j’ai rencontré le père Noël ! » C’est alors que je remarque que mon petit compagnon est devenu blanc comme un linge avec un regard affolé et qu’une immense déception se lit sur son visage. Il me demande d’une voix tremblante : « Mais maintenant , il peut plus marcher le père Noël?»  Que n’avais je réfléchi ! Et de m’écrier, «Mais bien sûr qu’il marche. Il galope même ! Sa jambe était guérie une semaine plus tard. Maintenant il peut grimper sur les maisons sans problème pour descendre par la cheminée.... »

Un immense soulagement est alors apparu dans les yeux du petit, suivi par un long soupir bruyant de contentement. Depuis ce jour, je me suis promis de faire très attention à ce que je raconte aux petits enfants.   

 

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