1937 - 1945 |
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Le 27 juillet 1937 je viens au monde à Charenton le pont. Mais tous les documents administratifs vous diront que je suis né le 28. En fait mon père ayant omis de déclarer mas naissance dans les temps impartis, à du décalle celle ci de 24 h pour éviter de payer une amende. Jusqu’en 1939 nous habitions dans un pavillons de la banlieue a Villiers sur Marne , ou mon père exerçait aussi. Dans le jardin il y avait une volière. Lorsque mes grands parents maternels Nono et Mémé , vinrent à Villiers sur Marne , après ma naissance pour voir leur petit fils Alain, et pour procéder à la circoncision de celui ci, Nono découvrit la volière dans le jardin, la première chose que fit Nono fut d'ouvrir les portes de la volière pour rendre leur liberté aux oiseaux pour lui c'était une ‘mitsva’ ( une bonne action ). Ce n’est bien sûr pas pour la même raison, que 50 ans plus tard Pierre Perret écrira ´ ouvrez la cage aux oiseaux ‘ ! Mon père a été naturalisé Français en 1936 ( date approximative). Le 1er septembre 1939, l’armée allemande envahit la Pologne . En £seulement 27 jours, Varsovie est contrainte de capituler. La France et la Grande-Bretagne lancent un ultimatum à Hitler en lui sommant de retirer ses troupes de Pologne. Le 3 septembre : face au refus d’Hitler de quitter la Pologne, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne. C’est le début de la drôle de guerre, ou l’armée française opte pour une strategie défensive le long de la ligne Maginot. Mon père , fier de sa nouvelle nationalité Français, s’engage volontairement dans l’armée fin 1939 . A l’occasion d’une permission, il décide de nous délocaliser de Villiers sur Marne. C’est donc en compagnie de ma mère et d’une bonne amie de celle ci , que nous rejoignons la ville d’Auxerre dans la famille de cette amie de ma mère. Cette amie était brodeuse. Elle travaillait pour des maisons de couture dont elle ornait au fil d'or les écussons des blazers pour hommes. Elle travaillait à domicile et on lui apportait tout le nécessaire depuis Lyon ou Marseille. En 1939 ma mère n’a que 23 ans et n’est en france que depuis quelques années , élevée dans un cocon familial très confortable dans une petite ville de Tunisie, Nabeul. C’est dire que sans la présence de son mari, elle devait vraiment être désorientée ! Printemps 1940 c’est l’offensive allemande, à partir de la Belgique, et la encore, au cours d’une permission mon père vient nous chercher , trouvant sans doute que Auxerre était trop près de Paris, il nous emmène ma mère et moi, à Evian en haute Savoie dans les Alpes. Evian sera par la suite dans la zone non occupée quand les allemand envahirons la france quelques mois plus tard. Quelle chance ! Ou plutôt quelle clairvoyance ! Nous voilà donc seuls ma mère et moi livres à nous meme après le départ de mon père. Nous sommes logés dans un ferme , à côté d’Evian, chez une gentille paysanne très religieuse. Si bien qu’à Noel , elle demandera à ma mère la permission pour me mettre dans la crèche pour personnaliser le petit Jesus. Il est vrai que j’étais un bébé tout blond, et de plus circoncis. C’était ma « première monté sur les planches ». En mai 1940 les allemands arrivent à Calais, en juin le maréchal Pétain est nommé chef du gouvernement et signe l’armistice avec les allemands. La france est coupé en 2. Au nord la zone occupée administrée par les allemands, au sud la zone libre. Le gouvernement s’installe à Vichy. Mon père se retrouve alors , toujours militaire, dans la région de Bordeaux. C’est à cette époque qu’il nous rejoint à Evian pour nous emmener jusqu’à Marseille ou ma mère et moi embarquons pour nous réfugier chez mes grand parents en Tunisie. Quelques semaines plus tard mon père est démobilisé comme la plus part des militaires français. Il s’informe alors pour savoir où il pourrait s’installer comme médecin maintenant qu’il est revenu à la vie civile. Parmi les propositions qui lui sont faites il choisi la ville de Cluses en haute Savoie . Cluses est en zone libre. Il va y exercer pendant plusieurs mois. Ma mère et moi sommes donc en Tunisie. L’absence d'une autorité paternelle se faisait ressentir dans mon comportement et celui des autres a mon égard. Comme mon père était à l'armée, la famille avait envisagé le pire , que je puisse devenir orphelin. Par conséquent il fallait me ménager. Donc si quelqu'un me grondait, il y avait toujours quelqu'un d'autre pour dire " le pauvre, son père n'est pas là...". J'avais très bien compris le parti que je pouvais tirer de cette situation et je ne m'en privais pas. C'est pourquoi je faisais tellement de bêtises et qu'il n'y avait pas de réprimandes.... . La maison à Nabeul était très grande. Il y avait beaucoup de pièces. Certains endroits de la maison m'étaient interdit et bien sûr c'est surtout là que je voulais aller. La maison était à la fois une maison et un appartement. Il n'y avait pas de jardin, mais à coté de la cuisine il y avait une cour à ciel ouvert avec des poulaillers. Le matin ma grand-mère allaient y chercher les oufs - j'adorai l'oeuf battu avec beaucoup de sucre. Il y avait une énorme salle de bain, qui en fait était une chambre dans laquelle avaient été installés une baignoire, une douche et un lavabo. Comme il y avait beaucoup de place, on y avait installé des grandes tringles auxquelles étaient suspendus tous les costumes de Nono, et il en avait beaucoup. Si bien qu'un jour avec la douche j'ai arrosé tous les costumes soigneusement rangés, puis je suis allé voir ma grand-mère pour lui dire naïvement qu'il pleuvait dans la salle de bain.... La salle à manger était au centre de l'habitation. Le seul jour où je mangeais à la même table que Nono était le vendredi soir et le samedi. Bien sûr je n'avais qu'une envie, c'était de quitter la table pour aller jouer. Alors que tous les autres essayaient de me faire manger, mon grand-père lui, s'en fichait royalement, et je crois que c'est la raison pour laquelle quand j'étais à table je mangeais sans problèmes. A partir de la salle à manger, on pouvait aller dans une pièce dont je me rappelle parfaitement, car c'est là que ma mère et mes 2 tantes ont été mises en quarantaine lorsqu'elles ont attrapé la typhoïde. Une très grande pièce encore avec tout autour des banquettes qui faisaient le tour complet de la pièce, et sur lesquelles je courrais à toute vitesse pour m'amuser. En plus lorsque je montais sur ces banquettes je me trouvais à la hauteur des fenêtres pour attraper les mouches sur les vitres. Je les coinçais dans un coin du carreau puis délicatement je leur arrachais les ailes pour les remettre ensuite par terre et les regarder marcher. Pour ma défense je dois préciser que c'est mon oncle Archimède qui m'avait appris cela. Donc je n'étais pas vraiment responsable..... Quand la guerre a éclaté , est arrivé en Tunisie un juif autrichien qui avait fuit son pays. Il était ingénieur et s'y connaissait en poste de radio. Comme il était nouveau venu dans la communauté et sans ressources , la communauté avait demandé aux juifs de Tunis d'utiliser ses services de réparateur de radio en cas de besoin pou lui permettre de gagner un peut d'argent. Ma tante Georgette dont l'appareil de radio tomba en panne quelques temps plus tard fit appel à lui. Le réparateur vint chez elle, prit la radio et la rapporta 3 jours plus tard, réparée. Quand par la suite les allemands arrivèrent à Tunis, un dimanche après midi, des coups retentirent à la porte d'entrée. Ma tante ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec 2 officiers allemands en uniforme dont l'un d'eux parlait très bien le français . Ce dernier lui annonça que son appartement allait être réquisitionné pour loger des officiers supérieurs allemands , et qu'elle avait12 heures pour débarrasser le plancher en emportant seulement une valise par personne. Ils entrerent pour visiter l'appartement , et à sa grande surprise ma tante vit entrer derrière eux en faisant le salut hitlérien et en claquant des talons eux le soit disant juif autrichien qui avait réparé sa radio. C'est cette taupe qui avait entre autre , pu recenser les beaux et garants appartements à Tunis. En fin de compte le lendemain matin ma tante a vu débarquer, non pas les officiers allemands, mais Maître Bembaron , un avocat réputé (qui avait été président du barreau de Tunis ). En fait les allemands , toujours grâce au réparateur de radio , avaient préférer l'appartement de l'avocat, plus grand et mieux situé. L'avocat était juif, mais comme son épouse était chrétienne, ils avaient mis sur l'ordre de réquisition le nom de Maître Bembaron, et l'avait envoyé chez ma tante pour occuper SON appartement. Pour couronner le tout , le couple avait amené avec eux onze autres personnes de leur famille. Ma tante a dû remettre ses clés, et payer une pension pour être autorisée à continuer à vivre sur place dans un cagibi sur des matelas , avec 3 autres membres de sa famille. Ma mère est enceinte et devrait accoucher en janvier 1941. A l’époque en Tunisie on accouche à la maison. Nous quittons Nabeul pour aller habiter à Tunis la capitale , chez ma tante Georgette. L’appartement est situé dans un bel immeuble de 4 étages, au croisement de la rue de Rome et de l’avenue Jules Ferry. J’ai 3 ans et demi et le 23 janvier on fait venir le Dr Corcos. Michèle naîtra dans l’après mid. Entre temps j’ai caché le chapeau du docteur sous le lit de maman. Quelques minutes après la naissance de Michele on me fait rentrer dans la pièce pour me présenter ma sœur. Heureusement la boîte de Halva que j’ai dans la main est vide, car pour une raison inconnue je la lance en direction du nourrisson ! Mais j’ai raté ma cible bien sûr. En fin d’après midi le Dr Corcos est toujours là, car il ne retrouve pas son chapeau. Quelques jours après nous retournions à Nabeul chez les grand parents avec ma nouvelle sœur Michele. En France , suite aux ordonnances sur l’interdiction de l’exercice de certaines professions pour les juifs par vichy, un de ses patients , gendarme, viendra lui annoncer qu’il va être arrêter dans les 48h. Nous sommes alors au printemps 1941. Mon père quitte donc précipitamment Cluses pour Marseille ou il prendra un bateau pour nous rejoindre en Tunisie. Il l’a encore échappée belle! La Zone libre sera envahie par les allemands en novembre 1942 C’est alors qu’il fait connaissance de sa fille, Michele qui a 3 mois A cette époque la Tunisie est un protectorat français. A son arrivée en Tunisie mon père viens à Nabeul et commence à travailler comme médecin. A l’époque nous habitions dans un appartement, rue des alliés (!), à côté de la gare. J’avais 5 ans , j’avais des copains et je ne me rappelle pas avoir souffert de la situation. Mes grands parents habitaient sur la place de Nabeul, à 1km à vol d’oiseau de notre appartement. Mon grand père , Nono, qui étaIt Consul d’Italie pour la région de Nabeul (il avait aussi la nationalité italienne) avait démissionné de son poste quand Mussolini s’est allié à hitler. C’était un homme pieux, riche et très cultivé. C’était un notable de Nabeul. Entre novembre 1942 et mai 1943 elle sera soumise au régime de vichy. A partir de novembre 1942, les allemands qui avaient envahi et occupé la Tunisie, ont commencé à rafler des hommes valides pour les envoyer faire des travaux de terrassement sur l’aérodrome de Bizerte qui était souvent bombardé par l’aviation anglaise. Il raflaient des juifs mais aussi des musulmans, il n’était pas facile de faire la différence au premier abord. Ils avaient bien proposé à la communauté arabe d’arborer sur leur chéchia un insigne avec un aigle et une croix gammée. Mais les arabes avaient refusé. De même ils avaient essayé d’instaurer le port d’une étoile bleue aux juifs mais sans grand succès. Il y a très peu de juifs à Tunis qui ont eu a porter l'étoile pendant la guerre. Cette étoile n'a pas été distribuée aux juifs a Nabeul , mais les juifs devaient fabriquer leurs étoile. Ces étoiles étaient à fond bleu et écrite en jaune. Bien que n'étant âgé à l'époque que de 5 ans, et pas obligé de porter l’étoile,je l’ai porté pour la simple raison que j'étais jaloux de mon cousin José Kahyat qui était mon aîné de 10 ans, et qui était lui obligé de la porter. A cette époque comme le grand mufti de Jérusalem, un certain nombre de non juifs collaboraient avec l’occupant, et soupçonnant que certain juifs riche cachaient leur trésors chez eux, faisaient de temps à autre des descentes chez eux pour essayer de les voler. C’était le cas de mon grand père bien sûr. A cette époque aussi la typhoïde était une maladie endémique en Tunisie. Et c’est ainsi que mon père fit poser une affiche sur la porte de l’habitation de mon grand père, avec moult tampons plus ou moins officiels, sur laquelle était écrit : ATTENTION ÉPIDÉMIE DE TYPHOIDE. L’effet dissuasif a semblé il été efficace, en ce qui concerne les descentes inopinées. Je pense que mon père a quitté la Tunisie pour l’Algérie début 1943 , alors que Les allemands sont toujours là.on me disait qu’il était reparti à la guerre, et j’en était très fier. Peu de temps après, mon cousin José devait avoir seize ans à l'époque. Je me souviens que nous étions sur le chemin qui conduisait de la maison de mon grand-père à notre appartement dans la rue des alliés. Je lui tenais la main et de loin nous voyons approcher à notre rencontre un officier allemand dans son bel uniforme avec ses bottes en cuir. Alors que nous sommes sur le point de le croiser le je m'arrête soudainement en face de lui, je lâche la main de José, je pointe mon doigt vers l'officier et je lui dis : "Sale boche.. mon père, quand il reviendra de la guerre , il te tuera avec son gros pistolet !". Je pense que l'Allemand n'a rien compris et qu'il à poursuivi son chemin. Mais ce dont je me rappelle bien c'est que voulant reprendre la main de mon cousin, je ne l'ai plus trouvée, car José, lui avait bien compris et avait pris les jambes à son cou pour aller se cacher. Et puis c’est la libération de la Tunisie par les anglais. Printemps 1943. Je me souvient des files de camions militaire. Les allemands qui partaient et les anglais qui arrivaient, ils distribuaient des friandises. Ma mère et ses 2 sœurs étaient là, chez mes grands parents, sur la place de Nabeul , Nono faisait un discours à l’occasion de la libération. Et c’est tout naturellement que 3 officiers britanniques de sa majesté, furent invités à venir prendre le thé avec ma mère et ses 2 soeurs Gilberte et Georgette dans maison de Nono. Et les voilà assis dans le grand salon, un piece tout en longueur. A un bout du salon , maman et mes tantes assises sur un grand divan et en face d’elles les 3 officiers vêtus de leurs uniformes. Par contre pour pouvoir s’assoir confortablement dans leur fauteuils, ils ont du se débarrasser de leur pistolet et ceinture très encombrants. Ils les ont déposé dans un fauteuil à l’autre bout du salon, et c’est un fauteuil qui leur tourne le dos. Et qui vient en silence se cacher dans le fauteuil ? Et oui c’est moi ! Alors pendant qu’il boivent leur thé accompagné de petit gâteau, moi , après avoir sorti un des gros pistolet de son étui, j’essaye en vain de le faire fonctionner … malgré tous les films de Zoro que j’ai vu je n’y arrive pas. Sans doute ne savais je pas qu’il y’avait une sécurité ! Mais à force de triturés cet engin dans tous les sens, j’ai finalement dû enlever la sécurité, et PAN le coup est parti à ma grande surprise, car j’ai été projeté en arrière par le recul. La balle a traversé le dossier du fauteuil ou j’étais caché, elle est ensuite passée entre 2 des officiers et a traversé le dossier du divan entre ma mère et une de ses sœurs, pour finir dans le mur du fond du salon. Les anglais étaient paniqués, ma mère et ses sœurs aussi, et moi n’en parlons pas. Mon père a donc rejoint les forces françaises libres en Algérie où il s’est engagé volontaire à nouveau. Il participera au débarquement de Provence à partir du 15 août 1944, du côté de Cavalaire. A partir de là, direction nord , et il se rendra à Cluses , la où il avait exercé avant de se sauver. Selon ses dires, il retrouva son cabinet médical où exerçait un certain Dr Jacques. Quand mon père lui aurait expliquer la situation, et qu’il voulait récupérer son cabinet médical, celui ci aurait refuser sous prétexte que la place était vacante lorsqu’il s’était installé. C’est alors que mon père, toujours en uniforme, avec un revolver à la ceinture lui aurait fait comprendre que compte tenu de la situation ( règlements de compte , collaborateurs….) , il risquerait d’avoir des gros ennuis s’il était toujours là au retour de mon père dans les prochains jours. Toujours selon ses dires, mon père aurait retrouvé un cabinet médical vacant à son retour quelques semaines plus tard. C’est durant l’été 1945 que ma mère, Michele et moi avons pris le bateau pour rejoindre mon père à Cluses |