Futée, la boulangère? |
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Nous sommes un dimanche d'automne en fin de matinée. L'air qui fleure la pinède et l´ eucalyptus est d'une grande douceur. Certains feuillages commencent à se colorer d'or de rouille et de pourpre. Le ciel est d'un bleu céruléen sans un nuage. Voulant profiter de cette magnifique journée ensoleillée, mon épouse et moi décidons d'aller faire une petite promenade apéritive jusqu’à la place de Tournamy du village de Mougins.Sur le chemin, Adrienne suggère que nous achetions une baguette de pain en chemin pour le déjeuner. En arrivant au niveau d'une boulangerie, Adrienne rencontre une des ses partenaires de bridge et toutes deux commencent à bavarder à bâtons rompus. J'en profite pour rentrer dans la boulangerie-pâtisserie dont le nom "la Mouginoise des pains" n'est pas des plus originaux, me direz-vous . En fait nous n’achetons pas régulièrement du pain, mais aujourd’hui pourquoi pas , d’autant plus que la boulangère à travers la vitrine est plutôt mignonne comme celle des petits pains au chocolat de Joe Dassin. "Bonjour mademoiselle, je voudrais une baguette fantaisie pas trop cuite", je lui demande d'un ton suave. Elle s'exécute en souriant et est en train de me l'emballer pendant que je la règle quand brusquement, je prends la décision de la lui laisser jusqu’à notre retour. Pourquoi m'encombrer durant notre promenade? Et je dois avouer aussi que j'ai un autre motif. J'ai gardé une très mauvaise habitude de quand j’étais enfant. Je ne peux pas résister à l'odeur inégalable du pain frais et j'entame toujours les baguettes que j' achète, faim ou pas, ce qui agace prodigieusement et avec raison mon épouse. Elle déteste quand je reviens avec un pain dont il manque un bout …ou les deux! Donc il me semble plus sage de laisser mon pain avec cette charmante pâtissière qui me tend mon achat et attend patiemment que je le prenne. "Mademoiselle, est ce que je pourrais vous laisser ma baguette jusqu’à mon retour de promenade?" La gente dame me regarde un peu interloquée et me dit d'un ton légèrement réprobateur , " Aujourd’hui c'est dimanche et nous fermons à 13 heures pile. Après cette heure vous ne pourrez plus récupérer votre pain." "Pas de problème, il est seulement 11 heures et je reviendrai dans une petite heure." Je m'apprête à sortir quand elle me claironne de nouveau le même avertissement. "Attention, Monsieur, de revenir avant 13 heures car on ferme à cette heure-là. Du coup, elle m’apparaît brusquement un peu moins mignonne, cette confectionneuse de viennoiseries. Que diable, j' ai bien entendu et compris la première fois. Je ne suis ni sourd ni gâteux...même si je frise la soixante-dizaine... Nous sommes sur le chemin du retour. Il est midi environ. Adrienne me devance à la maison pour mettre son rôti au four et moi, je pousse la porte de boulangerie. La petite sonnette retentit et je rentre. Personne! Est-ce que la maîtresse des lieux serait déjà partie en weekend? J'attends un peu et finalement elle apparait en essuyant ses mains enfarinées sur son tablier. "Bonjour Monsieur, vous désirez?" Ma parole, la donzelle ne me reconnaît pas! Elle me contemple de ses yeux ourlés de longs cils, et son regard plutôt vide d'expression me rappelle celui d'une vache devant le passage d’ un train...Non je ne suis pas méchant mais je suis vexé qu'elle soit si peu physionomiste! Je sais que plus on prend de l'âge, plus on devient invisible aux yeux d’autrui …mais quand même! Je me lance. "Bonjour mademoiselle, je viens de la part de mon frère pour prendre la baguette qu'il vous a achetée et réglée il y a environ une heure. Il est malheureusement retardé par un imprévu et m’a demandé de passer la chercher à sa place car vous fermez à 13 heures, je crois." La mitronne me fixe, ses yeux ourlés de longs cils maintenant tout écarquillés. "Oui, c’est vrai , nous fermons à 13 heures le dimanche. Mais c’est incroyable ce que vous vous ressemblez, votre frère et vous. » Ravi de voir qu’elle sort de son « amnésie » , je lui réponds pince-sans-rire , « Oui en effet, on nous le dit souvent »
Elle continue en s’exclamant, « C’est saisissant cette ressemblance et en plus vous avez le même style vestimentaire!, vous portez les mêmes vêtements ! » Là, j’ai de la difficulté à ne pas éclater de rire et avec un visage de sphinx, je saisis ma baguette ou plutôt celle de mon frère ! Sur le point de sortir, je prends en pitié cette pauvre jeune fille si peu physionomiste et un peu « bécassine » et lui confesse. « Vous savez, je ne suis pas mon frère. C’est moi qui suis passé acheter la baguette » Et elle de me rétorquer avec le plus grand sérieux: « Bien sûr que je sais que vous n’êtes pas votre frère, je ne suis pas aveugle mais cette ressemblance, c’est vraiment ahurissant! |
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